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Ski de fond
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Interview de Pierre Mignerey
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12 juin 2012 |
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Le directeur de course du ski de fond à la FIS, Pierre
Mignerey, à l'interview |
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Pierre,
le 1er juillet, tu nauras plus quune
seule casquette, celle de directeur de course du
ski de fond au sein de la FIS. Satisfait ?
Oui, satisfait de navoir plus quune
seule casquette. Je quitte la FFS non sans regret
mais il était important que je puisse me
concentrer tout au long de lannée sur
un seul travail.
Jusquà maintenant, je travaillais essentiellement
sur lorganisation des Coupes du monde. Je
vais maintenant être davantage impliqué
sur la gestion de la discipline en général
et des calendriers.
Au dernier Congrès de la FIS à
Kangwonland en Corée, des décisions
ont été prises pour lorganisation
future des courses
Qui se réunit et
qui décide ?
Plusieurs commissions se réunissent au cours
dun congès FIS. La commission ski de
fond et ses différentes sous-commissions
(Coupe du Monde et Continentales, Règles
et contrôles, Courses Populaires, Ski à
roulettes
) sont composées de représentants
des différentes
fédérations nationales.
Toutes les fédérations ne sont pas
représentées mais les nations les
plus actives sont présentes.
Pour la France, cest Christophe Deloche. Dans
ces commissions, certains sont discrets, dautres
sont influents mais au final, toute décision
est prise après un vote.
Ensuite, toutes les décisions importantes
doivent être adoptées par le Conseil
de la FIS composé de 16 membres. |
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Quelles
sont les changements prévus pour la prochaine
saison ?
Des changements tout dabord pour les relais.
Pour les courses hommes, on fait passer la distance
de 4 x 10km à 4 x 7,5km. Pour les courses
dames, on reste sur le 4 x 5km.
La première raison est de rendre la course
plus dynamique.
Actuellement, on assiste à des relais qui
se déroulent le plus souvent de la façon
suivante : un premier relais où la sélection
se fait par larrière, un deuxième
relais où quelques écarts se font
sur la fin, un regroupement sur les trois premiers
kilomètres du troisième relais et
une course bloquée jusquaux derniers
cinq cents mètres. On espère quavec
des distances plus courtes, la course sera plus
nerveuse avec plus dattaques.
La
deuxième raison est liée aux retransmissions
télévisées. Actuellement, un
relais hommes dure autour dune heure quarante.
Cest très long pour une chaîne
de télévision de le retransmettre
en intégralité. Souvent, elle ne nous
propose que la fin de la course en skate qui nest
pas forcément la partie la plus intéressante
et on ne voit pas du tout les premiers relais en
classique. Avec une course qui durera autour dune
heure quinze, on obtiendra plus facilement des créneaux
horaires qui permettront de voir la course dans
son intégralité.
Ce
changement ne concernera pour le moment que les
coupes du monde de Gällivare et de La Clusaz.
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Vous
avez apporté aussi des changements pour les
distances longues en coupes du monde
Pour
les 50 et 30km en mass start, où les changements
de skis sont autorisés, nous allons changer
la disposition du stade pour rendre le passage au
« stand » plus long. Actuellement, un
coureur qui change de skis repart au pire en dernier
du groupe dans lequel il était. Visuellement,
on ne saperçoit quasiment pas des différents
choix faits par les coureurs. Limpact sur
la course était très faible.
Ce « passage au stand » va faire perdre
une quinzaine de secondes aux coureurs qui changent
par
rapport aux autres qui passeront sans sarrêter.
Le choix du changement de skis deviendra beaucoup
plus stratégique quaujourdhui.
Ce changement sera appliqué à Oslo
et peut-être aux Mondiaux du Val di Fiemme.
Autre
changement ?
Pour les sprints féminins, la distance
pourra être plus longue. Le but étant
dutiliser le plus souvent possible la même
piste que celle des hommes. Proposer deux longueurs
différentes, cétait trop contraignant
pour les organisateurs et cela donnait des pistes
souvent inintéressantes pour les dames.
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Jai
lu que les sprints en ville étaient menacés
Non, cest faux. Il ny a pas de discussion
actuellement sur lavenir des sprints en ville.
Le seul problème à résoudre,
cest déviter davoir des
sprints en poussée simultanée, en
ville ou ailleurs. On veut des pistes qui permettent
aux coureurs dutiliser tous les gestes du
style classique. Cest sûr quen
ville, cest plus difficile de trouver des
profils qui le permettent.
Les sprints en ville ne sont donc pas remis en cause.
Ils ont leur place dans le sens où lon
amène la discipline vers le public. Ceci
dit si cest pour faire une course comme celle
de Moscou, lobjectif nest pas atteint.
A Moscou, il ny avait pas de public mais que
des contraintes alors quà Milan cétait
plutôt un succès.
Le
parcours prévu à Québec répond-il
à cette volonté ?
Nous sommes quasi certains que Québec sera
un succès populaire surtout les épreuves
du samedi (sprint). Québec a une forte
culture du nordique et Alex Harvey est la star
locale. La piste nest pas idéale
car cela se déroulera vraiment en ville
mais elle sera longue et
suffisamment sélective je pense pour permettre
aux athlètes de sexprimer sur les
skis.
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photo
quebec.huffingtonpost.ca
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Deux
autres rendez-vous importants sont au calendrier
de cette saison, les Mondiaux à Val di Fiemme
et les pré-olympiques de Sochi. Tout est
prêt ?
A Val di Fiemme, ça se présente bien.
On aura de nouvelles pistes quon na
pas encore testé mais qui devraient être
appréciées. Elles seront en partie
utilisées lors du Tour de ski. La station
a fait de gros travaux en construisant un bâtiment,
des ponts et en améliorant les pistes et
le stade départ/arrivée.
A Sochi, je ny suis pas encore allé,
il mest donc difficile de donner un avis.
Pour les JO, cest une autre organisation pilotée
par le CIO, dans laquelle nous ne sommes quen
partie impliqués.
Par ailleurs, les méthodes de travail russes
sont assez différentes de ce dont on a lhabitude
de voir. Les processus de décisions sont
longs et doivent suivre toute la voie hiérarchique,
souvent jusquau plus haut-niveau. Il est souvent
également difficile davoir des informations
concrètes. A la fin du compte, tout ce qui
a été planifié suffisamment
à lavance sera, cest certain,
réalisé et prêt pour le jour
J. |
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Quels
sont les changements prévus pour le Tour
de ski ?
Cette année, on a prévu une nouvelle
étape à Münstertal en Suisse,
cest le village de Dario Cologna. Cest
un très petit village mais le cadre est magnifique
et les organisateurs hyper motivés. Les hébergements
se feront dans la vallée.
Pour la saison suivante, deux étapes sont
prévues en Suisse à Lenzerheide, les
31 décembre et 1er janvier. On attend la
confirmation des organisateurs et de la Fédération
Suisse.
Aura-t-on
un jour une étape du Tour en France ?
Je crois que ce nest pas réaliste
ou en tout cas très compliqué car
le Tour doit passer par lAllemagne et finir
au Val di Fiemme. LAllemagne est une nation
incontournable pour tous les sports dhiver
et en particulier pour le ski nordique. Il nest
pas concevable dans le contexte actuel de faire
limpasse sur cette nation. Par ailleurs,
la fédération allemande privilégie
à ce jour Oberhof comme site de référence.
Pour la dernière étape, le Val di
Fiemme fonctionne vraiment très bien et
la montée finale sur lAlpe Cermis
fait partie intégrante de la «marque»
Tour de Ski.
Donc entre Oberhof et le Val di Fiemme, il y a
très peu de possibilités de venir
en France (à lexception peut-être
des Vosges) sans contraindre les équipes
à des transferts trop longs.
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photo
FIS Cross-Country Skiing >
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Dans
les choix stratégiques, tu cites souvent
la télévision allemande. Joue-t-elle
un rôle capital ?
Oui, quon le veuille ou non le sport de
haut-niveau ne peut pas vivre aujourdhui
sans la télévision.
Sans une couverture télévisuelle
conséquente en Allemagne, le ski de fond,
comme la plupart des sports dhiver, serait
en très grande difficulté et même
probablement mort à très court terme.
LAllemagne et la Pologne sont les pays les
plus importants en terme de téléspectateurs
pour le ski de fond. Ce nest pas un hasard
si les sponsors les plus importants sont allemands.
Le développement de notre sport (comme
de tous les sports de haut-niveau) passe donc
par la prise en compte des intérêts
et des souhaits de la télévision.
Cela ne veut pas dire quil faille saligner
sur toutes les propositions mais dune manière
générale, ce que la télévision
recherche (créer des épreuves dynamiques,
du suspens, des rebondissements, des attaques,
des défaillances, de la stratégie
)
me semble aller dans le bon sens et na jamais
mis en danger lessence même de notre
sport.
Comment mesure-t-on ces audiences ?
Des organismes indépendants nous fournissent
des statistiques précises. Tout est comptabilisé
jusque dans les moindres détails : par
exemple, un annonceur sait exactement le temps
pendant lequel chaque panneau publicitaire a
été vu à lantenne
et par quel nombre de téléspectateurs.
Plusieurs paramètres sont mesurés
: le nombre de téléspectateurs
qui regardent un programme, la part de marché
(le pourcentage de téléspectateurs
qui regardent un programme à un instant
T), le nombre dheures de retransmission
(en direct, en différé, dans les
journaux télévisés ou émissions
sportives) et dautres paramètres
moins significatifs.
Les résultats donnent de précieuses
indications sur la visibilité de notre
sport et sont étudiés à
la loupe par nos sponsors et par les chaînes
de télévision pour établir
leur stratégie pour les
prochaines années.
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Il
faut bien comprendre que laudience est liée
à la taille de la population. Par exemple, plus
de 80% de part de marché en Norvège (montée
finale du Tour de Ski) représente 1,2 millions
de téléspectateurs alors quun peu
plus de 20% de part de marché en Allemagne sur
la même course représente 4,4 millions de
téléspectateurs. Cela permet de comprendre
une fois encore limportante de lAllemagne
pour notre discipline et laisse rêveur quant à
limpact que la France pourrait avoir si le ski de
fond était retransmis sur une chaîne publique
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Les
résultats moins bons des Allemands dans les
différentes disciplines nordiques pourraient-ils
remettre en cause les diffusions télévisées
?
Les audiences ont été moins bonnes
donc oui, cest important que les nordiques
allemands aient de bons résultats. Tout se
tient. Il est très important pour le ski
de fond de garder de bons créneaux horaires
dans la programmation. Un exemple, pour les courses
qui se dérouleront en décembre au
Canada, elles devraient être diffusées
en différé. Si les résultats
des Allemands ne sont pas bons, les images risquent
de ne pas passer.
Ce qui nous inquiète davantage, cest
le cas de la Pologne. Il faut savoir que depuis
trois ans, les plus grosses audiences se font en
Pologne en raison des brillants résultats
de Justyna Kowalczyk. Si elle arrête, il y
aura forcément une chute vertigineuse. Il
faut savoir que huit ou neuf des courses les plus
regardées de la dernière saison ont
été des courses féminines.
Uniquement grâce aux résultats dune
athlète. |
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Dans
ton travail, quelles sont tes relations avec les
télévisions ?
On se rencontre sur les sites mêmes des compétitions
mais aussi après la saison, lors de débriefing
et au cours de lété lors de
nos visites de préparation sur chaque site.
Notre intérêt commun est de travailler
ensemble pour proposer une production télé
de la meilleure qualité possible. Cest
loin dêtre facile car cela dépend
de beaucoup choses.
Le choix de la compagnie qui assure la production
des images est primordial. Nous navons pas
beaucoup dinfluence là-dessus car malheureusement,
à ce jour, les droits télé
nappartiennent pas à la FIS mais aux
fédérations nationales. Ensuite, le
budget disponible conditionne le nombre et le type
de caméras (par exemple caméras fixes
/ caméras sur rail ou sur câble
)
et par conséquent la qualité de la
production.
Enfin, lexpérience et la connaissance
du ski de fond du directeur qui réalise les
images est une donnée centrale notamment
pour les compétitions avec départ
individuels. Produire une émission de télévision,
cest raconter une histoire et il semble difficile
de raconter une histoire que lon ne comprend
pas soi-même !
Dans ce contexte, notre travail est déchanger,
daccompagner, de conseiller si besoin nos
collègues de la production télé
pour les aider à mettre valeur notre discipline. |
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Sur
quoi travailles-tu actuellement ?
Je viens de terminer la phase « printanière
» de mon travail. Avec les organisateurs des
courses de lhiver, avec les représentants
des équipes ou de lindustrie, avec
les médias et les sponsors, nous avons eu
des réunions de débriefing sur la
saison qui vient de sécouler.
Au congrès FIS en Corée, tout a été
décidé pour la nouvelle saison : le
calendrier 2012/2013, les décisions politiques
et les règlements. Jai pas mal travaillé
à la refonte du RIS (Règlement International)
qui présente une nouvelle version tous les
quatre ans avec pour objectif de le simplifier,
de le rendre plus « digeste » pour les
athlètes, les entraîneurs, les organisateurs
et les membres de Jury.
Jattaque maintenant une autre forme de mon
travail, les visites des sites qui recevront les
prochaines coupes du monde. On passe en revue point
par point tous les domaines de lorganisation,
en partant du sport puis en élargissant le
cercle vers les questions de transport ou dhébergement
jusquà la communication, le marketing
Je
vois par exemple que tu viens de recevoir un mail
de Stéphane Vittoz, organisateur de létape
de La Clusaz
Oui, Stéphane menvoie dans ce message
le plan du nouveau stade départ/arrivée
de la prochaine coupe du monde. On travaille dune
part par échange de mail puis je me rendrai
sur le
terrain le 3 juillet.
Aujourdhui, sur chaque site, on cherche
à concentrer les zones départ/bouclage/arrivée
pour quil y ait davantage une ambiance de
stade. Les organisateurs apportent des changements
très
régulièrement pour éviter
la routine et améliorer laccueil
des spectateurs sur leur événement.
A La Clusaz, pour la prochaine coupe du monde,
ils pourront être plus recentrés
tout en gardant la visibilité sur les différentes
difficultés du parcours.
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A
un niveau plus général, quels sont
les problèmes que vous allez avoir à
résoudre très vite ?
Sans revenir en détail sur les questions
de télévision, il est clair que nous
devons travailler à lamélioration
de la production sur certains sites.
Sinon dune manière générale,
un des problèmes important à résoudre
cest lamélioration des conditions
daccueil des athlètes et des techniciens
sur les zones de fartage.
Il faudra que les organisateurs puissent proposer
aux athlètes des locaux convenables pour
manger, pour se changer. Souvent, ils sont contraints
de le faire dans des salles de fartage non ventilées.
Pour les techniciens, le problème est encore
plus grave car malgré toutes les précautions
prises, ils restent de longues heures dans un milieu
dangereux pour la santé. Porter un masque
à gaz pendant quatre heures daffilée,
cest insupportable.
Il faut donc quon améliore le standard
de qualité pour laccueil des équipes. |
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Certaines
équipes semblent avoir résolu le problème
en se dotant de camions conçus spécialement
pour cet usage
Les équipes ont des moyens financiers très
différents. Elles font aussi des choix différents
dans leurs investissements. Il faut savoir par exemple
que, sans leur camion, les Norvégiens nenpourraient
plus aujourdhui employer de techniciens norvégiens
pour farter sur le circuit des coupes du Monde.
Les lois sanitaires de leur pays ne permettent pas
aux farteurs de travailler dans des cabines telles
quelles sont conçues aujourdhui.
Lan dernier, avant les Mondiaux dOslo,
la zone de fartage a été visitée
par les autorités sanitaires compétentes
15 jours avant le début des épreuves
: elles nont donné leur accord quà
la condition que les organisateurs apportent des
aménagements importants dans la ventilation
des cabines.
Aujourdhui, on na pas vraiment de solution
à part la formule des camions. Ils ont été
conçus avec des systèmes daspiration
permanents directement au-dessus des zones de fartage.
Cest quasiment impossible de trouver des cabanes
de fartage qui proposent des aménagements
équivalents. Au mieux, elles proposent une
ventilation centrale. Le problème a été
en partie
résolu sur certains sites comme à
Otepää avec la construction de bâtiments
qui proposent des salles spécialisées
pour le fartage mais linvestissement est inabordable
pour la plupart des organisateurs. |
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A
l'intérieur du camion norvégien
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| Propos
recueillis par Jacques Mignerey |
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