Biathlon
Entretien avec Thierry Dusserre
 
 
 
jeudi 23 décembre 2010
 
Patrick Mondon vous propose un entretien avec Thierry Dusserre, Conseiller Technique du Comité du Dauphiné
 
Thierry Dusserre








Patrick Mondon vous propose une nouvelle interview, celle de Thierry Dusserre qui dirige l'équipe biathlon du Comité des Sports de Neige du Dauphiné.
 
PM : Les Dauphinois ou ex Dauphinois sont très présents en équipe nationale et c'est une très belle réussite pour l'Equipe du Comité du Dauphiné que tu animes. Y-a t-il une recette dauphinoise ?
TD : Non, il n'y a pas de recette dauphinoise, j'ai eu la chance d'entraîner en même temps un grand nombre d'athlètes à potentiel. Ils ont eu le mérite en deux saisons de faire oublier dans la région Raphaël Poirée. Raphael est parti en étant champion du monde pendant que les jeunes du comité l'étaient eux aussi la même année dans leurs catégories. Ce groupe est fort parce que l'arrivée des jeunes né(e)s dans les Pyrénées ( Marie Laure, Simon, Laure, Martin..) ont enrichi un groupe d'entraînement déjà fourni en éléments de qualité ( Yann Debayle, Julien Ughetto, Anne Laure Mignerey, Marine Dusser, Jean Guillaume Béatrix, Lois Habert, Grégoire Jacquelin, Hélène Charles, Marie Dorin, Sophie Boilley….)
Toutes ces individualités ont progressé et fait progresser les autres du groupe. Le Vercors est un pôle d'excellence. Il n'y a qu'à s'arrêter cinq minutes au pas de tir à Gève en ce moment pour voir la richesse du groupe.
PM : Peux-tu nous parler un peu de chacun(e) d'eux ?
Marie Laure Brunet - (la tête et les jambes)
Si jeune et déjà double médaillée olympique. Un palmarès qu'elle s'est construit principalement avec sa tête. Sa poursuite aux Jeux est une démonstration de force et de volonté. Toutes ses adversaires sur la Coupe du Monde la respectent. Les années qui viennent vont nous dévoiler une athlète de plus en plus forte.

Marie Dorin
Elle a les mêmes qualités que Marie-Laure avec une personnalité différente. Quand Marie-Laure assume son niveau et le fait d'être leader de l'Equipe de France, Marie préfère rester en retrait. Elle aussi va se révéler dans les années à venir. Elle a eu la chance d'avoir une famille autour d'elle et le mérite de ne pas arrêter sa carrière après une dernière année juniors pas à la hauteur de ses attentes.
Marie-Laure Brunet Marie Dorin
Marine Dusser
Un début d'hiver difficile, mais Marine a les ressources pour se retrouver sur ses skis et derrière la carabine.

Sophie Boilley
Après son titre de championne du monde juniors, Sophie est en train de faire son apprentissage au niveau supérieur. Même si elle a été irrégulière sur ce mois de décembre, elle n'a pas à rougir de ce qu'elle a fait.

Claire Breton
C'est un modèle de persévérance. Depuis des années, elle aurait pu arrêter sa carrière mais Claire a toujours cru en son étoile et en ses capacités. Cette saison, elle s'est offert une sélection pour les coupes du monde d'Oestersund et de Hochfilzen. Même si les résultats n'ont pas été à la hauteur de nos attentes, elle va aux Contamines pour obtenir un billet pour Oberhof et Ruhpolding.

Manon Contin
Elle a de grosses qualités au tir. La blessure de l'été dernier est maintenant loin et on va rapidement trouver Manon à son niveau sur les skis. C'est elle aussi une fille à très gros potentiel.


Simon Fourcade
C'est avec Marie Laure Brunet le capitaine du comité du Dauphiné. On a très mal vécu sa déconvenue aux Jeux parce que Simon est un modèle dans le groupe au niveau du sérieux qu'il peut avoir tout au long de l'année. Sa blessure au dos semble être soignée et je pense que ce sera l'homme à suivre sur les trois prochains mois.


Jean Guillaume Béatrix
Début de saison irrégulier où il a alterné le très bon et le mauvais. Ceci dit, Jean Guillaume après avoir essayé une crosse de carabine qui ne lui allait pas est en train de retravailler avec sa carabine des années juniors et je ne suis pas en soucis pour ses tirs de janvier.


< Simon Fourcade
Lois Habert
Il est issu du ski alpin pour skier avec ses copains de lycée et pratiquer une discipline qui lui convenait mieux, a fait un bon retour dans le groupe France sur ce mois de décembre. Il est né en 1983 et catalogué vieux dans notre discipline aux yeux des entraîneurs nationaux. Il a payé au printemps les bons résultats des athlètes très jeunes ( Martin Fourcade, Alexis Bœuf…) Après une mise à l'écart des groupes nationaux, c'est avec une préparation estivale en grande partie avec Frédéric Jean (le Jurassien de chez nous) que Loïs a prouvé qu'il avait bien le niveau pour aller chercher des résultats sur la coupe du monde. Loïs est maintenant à mon avis relancé vers une belle carrière.


Clément Arnault

Si Clément comprend que la compétition est faite pour voir s'illustrer des athlètes à caractère, alors cet Autranais sera sans limites.

Jérémy Finello
C'est l'autre Dauphinois (né à Genève) qui devrait dans les deux saisons à venir éclore au niveau international.
Jérémy a la caisse pour skier vite et une personnalité pour être rapidement parmi les meilleurs tireurs mondiaux.
Loïs Habert
PM : Après les premières compétitions nationales du Subaru Biathlon Challenge, quel bilan tires-tu pour les jeunes biathlètes dauphinois ?
TD : Le bilan pour l'instant n'est pas à la hauteur de nos attentes. Nous avons eu la chance cette saison de pouvoir skier à la maison depuis les vacances de la Toussaint. Le groupe est globalement rapide en ski mais nous avons trop raté de balles debout. Nous sommes en train de travailler cela pour aller chercher des titres, des podiums et des sélections aux Contamines et à Arçon. J'ai des athlètes de qualité qui peuvent eux aussi alimenter les Equipes de France de biathlon.
 
PM : A la lecture des derniers résultats, il semble que la concurrence des autres comités se précise.
Les premières épreuves du Championnat de France s'annoncent prochainement, quelles seront les ambitions de ton groupe ?
TD : La saison dernière, Alice Verkindt était en retrait par rapport aux autres, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Tina Béroud est un peu moins bien sur les skis en ce moment que les autres mais est capable de tirer au plein sur les quatre courses qui arrivent. Léa Ducordeau a progressé sur les skis, Laurane Sauvage a montré sur les manches du Biathlon Summer Tour qu'elle était solide et Julie Gleizes est actuellement troisième au classement du biathlon challenge.
Avec ces athlètes nées en 1994, Anaïs Chevalier et Manon Contin sont capables d'entrer dans le top dix du scratch féminin aux Championnats de France. Si les filles sont mentalement à la hauteur, elles peuvent toutes briller et ont toutes quelque chose à espérer cette saison.
Aux FOJE, si cela se passe bien, c'est deux voire trois filles du groupe qui partiront en République Tchèque. Aux Mondiaux juniors, Manon Contin a sa place dans la sélection.
Chez les garçons, j'espère que Clément Arnault va retrouver son niveau pour lui aussi postuler pour les Mondiaux juniors. Clément Jacquelin, qui fait des études de haut niveau semble se rapprocher des meilleurs et va aller aux Contamines avec des ambitions.
Pour les autres garçons du groupe, je pense que l'on peut retrouver un ou deux Dauphinois aux Championnats du monde jeunes et aux FOJE.
On est bien sur les skis, la concurrence est effectivement à la hauteur mais la différence va se faire maintenant au mental. On va vendre cher notre peau sur ces sélections.

Quant aux cadets et cadettes, j'ai hâte de les voir sur les manches nationales de fond spécial et de biathlon.

PM : Le biathlète savoyard Alexis BŒUF (qui a fait ses premières classes en alpin au collège de Bourg d'Oisans), montre qu'il peut aussi faire de bons résultats en fond spécial. Que penses tu de cette polyvalence et te semble-t-il envisageable qu'il y ait plus d'échanges entre les deux disciplines ?
TD : Alexis a de grosses qualités physiques sur du court. Sur les évaluations que l'Equipe de France de biathlon effectue chaque année en septembre et qui mettent en valeur ses qualités explosives, il pulvérise tout le monde. Il n'est pas étonnant de le voir briller sur le KO de Davos. Il est même capable de faire encore mieux, le podium qu'il réalise à Hochfilzen fait qu'il court le lendemain la poursuite et y laisse au passage quelques plumes pour le KO. On risque de le revoir aux Championnats du monde d'Oslo dans une meilleure forme.
Ce serait plus à Christian Dumont ou Pierre Mignerey de répondre à cette question, mais ces échanges sont possibles pour l'instant que dans un sens et pour les athlètes d'exceptions. Je vois bien dans un futur proche Martin Fourcade participer a une course de distance à la condition qu'il soit en forme. Il faut que ce passage d'une discipline à l'autre soit bénéfique aux athlètes avec l'accord des deux chefs d'équipes. Pour le moment, seul(e)s les biahlètes d'exceptions peuvent jongler d'une discipline à l'autre. Il n'y a pas de fondeur ou de fondeuse actuellement habiles au tir pour tenir sa place, à la place d'un ou d'une biathlète sur une épreuve de coupe du monde. Quand un biathlète vient sur une coupe du monde de fond spécial, c'est pour y faire un truc, c'est pour amener un plus pour lui et pour la nation dans un relais ou sur une épreuve où il ne doit pas prendre la place d'un autre.
Concernant le plus d'échanges entre les deux disciplines, se pose la question du calendrier et la question de la sélection. Ce sont les très bons qui peuvent se permettre de faire cela et ce sont donc eux qui jouent également sur les classements généraux de la coupe du monde. Il leur est difficile de jongler plusieurs fois d'une discipline à l'autre.
Les Norvégiens sont eux aussi ouverts et les passerelles existent, Bjoerndalen, Berger, Hafsas ont déjà eu le privilège de briller chez les fondeurs, Actuellement Bjorndalen et Svendsen aimeraient participer aux relais d'Oslo, à suivre….
 
PM : Pendant que le biathlon dauphinois brille, les fondeurs sont un peu plus en retrait. Les effectifs du nordique dauphinois permettent -ils réellement d'avoir deux équipes performantes dans les deux disciplines ?

TD : Cela dépend des années d'âge. On a eu des années d'âge riches où les athlètes se sont répartis dans les deux disciplines, mais bien souvent les meilleurs athlètes cadets et cadettes sont venus vers le biathlon.
Il ne faut pas se voiler la face, il est plus facile de briller en biathlon au niveau international. Fondeuses, ni Marie Laure ni Marie ne seraient rentrées médaillées de Vancouver à 21 et 23 ans. Pour schématiser, le fond spécial met en valeur les qualités physiques où l'inné joue un rôle important. Les Scandinaves, Russes ou autres nations de l'Est avec un plus grand nombre de pratiquants ont plus de facilités que nous à présenter aux départs des coupes du monde, un grand nombre d'athlètes ayant les prédispositions pour performer.
Le biathlon français, d'un point de vue vitesse de déplacement sur les skis a les mêmes soucis que le fond spécial, tous les biathlètes français ne sont pas des "bêtes physiques" mais nous avons la chance de pouvoir combler, égaler ou dépasser avec le tir ( et ses qualités mentales primordiales que l'on sait développer) un grand nombre de nations. Aujourd'hui, il est beaucoup plus facile de faire très bien tirer que de faire skier très vite un gros pourcentage de nos pratiquants.
Les jeunes se sont dirigés vers le biathlon dans le Dauphiné parce qu'à une époque Raphael Poirée les a fait rêver. Aujourd'hui, ce sont Martin Fourcade, Marie Laure Brunet et Marie Dorin qui font des émules.
Qu'ils atteignent ou non leurs objectifs, les jeunes se construisent une personnalité sur les skis et derrière leur carabine. Rares ont été les athlètes à quitter le ski étude avec de l'amertume. Les entraînements ne sont pas toujours faciles mais les possibilités de faire du haut niveau après le ski étude sont là.

Pensez aux 200 participants présents au parc Paul Mistral début novembre. Ils ne prendront pas tous la décision de se diriger vers le biathlon. Les effectifs au sein des clubs du Dauphiné semblent en hausse et cela me semble suffisant pour voir dans les années à venir deux commissions sportives performantes.

Le Dauphiné remporte le relais mixte des Championnats de France 2010
Marie-Laure Brunet - Marie Dorin - Jean-Guillaume Béatrix - Simon Fourcade