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Dopage
 
   
 
   
jeudi 11 février 2010  
 
Déjà des problèmes de dopage à Vancouver
 
Le Comité International Olympique (CIO) et l'Agence Mondiale Antidopage (AMA) ont indiqué mercredi à Vancouver qu'une trentaine d'athlètes qui devaient participer aux Jeux Olympiques ont été priés par leurs propres fédérations de rester chez eux suite à des contrôles antidopage ayant révélé des paramètres anormaux. Aucun nom, aucune nationalité ni aucune discipline n'ont été dévoilés mais le hockey sur glace féminin est, selon nos informations, l'une des disciplines concernées.

«Il faut se méfier des rumeurs concernant les noms car elles sont souvent destinées à déstabiliser les délégations et les athlètes, a toutefois indiqué Sarah Lewis, la secrétaire générale de la fédération Internationale de Ski (FIS). Je préfère attendre des informations officielles.»

Les inquiétudes concernant la lutte contre le dopage chez les athlètes russes, exprimées lundi 8 février par le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge, ont été prolongées dès le lendemain lors d'une conférence de presse préalable aux Jeux de Vancouver, qui débutent vendredi 12 février. Après avoir décernés quelques satisfécits au CIO pour l'intensification de ses efforts, les principaux responsables de la lutte antidopage ont dû reconnaître que leur action se heurtait à de nouvelles limites.
Installée le temps de la compétition à Richmond, à la périphérie de Vancouver, l'antenne du laboratoire antidopage de Montréal a prévu de procéder aux analyses de quelque 2 000 échantillons (450 sanguins et 1 600 urinaires) : un chiffre en hausse par rapport aux Jeux de Turin de 2006. Depuis le 4 février, 420 échantillons ont déjà été prélevés, sans le moindre résultat positif. Pendant la période olympique, qui débute avec l'ouverture du village, tout athlète doit être disponible pour un test, même s'il se trouve à l'étranger. Auquel cas, un responsable du comité olympique local veillera à la procédure.
"LES ATHLÈTES PEUVENT ÊTRE COINCÉS DANS UN OU DEUX ANS"

La directrice du laboratoire, Christine Ayotte, a assuré qu'ont été intégrés aux tests "les dernières substances susceptibles d'être consommés par des athlètes". Le CIO dispose également des passeports biologiques, adoptés en décembre 2009, qui permettent le suivi de certains paramètres hématologiques (hématocrite, par exemple) d'un athlète. Une task force se réunit quotidiennement avec des membres du CIO, de l'Agence mondiale antidopage (AMA) et du Comité organisateur de Vancouver (Covan) pour échanger des informations. Elle pourra dès lors "cibler spécifiquement un athlète", a précisé le directeur médical du CIO, Patrick Schamash.

Si Arne Ljungqvist, président de la Commission médicale du CIO, s'affirme "certain que les Jeux sont de plus en plus propres", il admet qu'"aucun système ne peut être infaillible pour des raisons techniques et parce que l'industrie pharmaceutique continue de mettre au point de nouvelles substances pour ceux qui veulent tricher". "Des essais cliniques de produits qui seront disponibles d'ici deux-trois ans pourraient déjà être utilisés par certains athlètes", admet-il. Il est beaucoup question à Vancouver de l'Hematide, un produit expérimental pour le traitement de l'anémie dont l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) soupçonnait déjà l'usage sur le Tour de France 2009.
" Il y aura toujours des gens qui passeront au travers des mailles du filet", a reconnu Arne Ljungqvist, qui a toutefois averti que le CIO était " au courant de ce qui est mis sur le marché". "Les athlètes doivent savoir qu'ils peuvent être coincés dans un ou deux ans", a-t-il poursuivi. La période de prescription adoptée par le code mondial antidopage pour les tests est de huit années.

NE PAS SE CONCENTRER SEULEMENT SUR LES RUSSES

Cette mise en garde vise notamment la Russie, qui accueillera pour la première fois les Jeux d'hiver, en 2014 à Sotchi, dans le Caucase. Ce pays a été récemment touché par des cas de dopage en ski de fond et en biathlon. "Ils ont un problème, on les a informés, ils devront le régler en prenant les mesures nécessaires", a affirmé Arne Ljungqvist. Ce qui passe par "un soutien à l'Agence nationale antidopage de Russie [Rusada] en tant qu'organisme indépendant". Le président de la Commission médicale du CIO a reconnu implicitement ne disposer d'aucun moyen contraignant puisque ce sont aux Russes "de travailler sur cette affaire" : "Ce serait une bonne façon de nous montrer qu'ils sont prêts à lutter de manière sérieuse contre le dopage". Selon un rapport confidentiel de l'AMA que s'est procuré la chaîne de télévision publique allemande ZDF, les agents de Rusada auraient été "massivement" empêchés d'effectuer leurs contrôles sur le territoire russe.

Le message n'est toujours pas passé en cyrillique puisque le ministre russe des sports, Vitaly Mutko, cité par l'agence RIA-Novosti, a estimé que les déclarations de Jacques Rogge visant son pays n'étaient "rien d'autre qu'une tentative de mettre une pression psychologique sur nos athlètes" qui sont "partis pour les Jeux totalement propres".

Christiane Ayotte a évoqué les difficultés posées par l'apparition de biosimilaires (soit des "copies") de l'érythropoïétine (EPO), aux "profils différents de ce que l'on peut détecter aujourd'hui". Elle a notamment cité "deux stimulants mis sur le marché par l'industrie pharmaceutique russe, d'abord utilisés pour l'armée, et dont les athlètes russes ont usé puis abusé." La directrice de l'antenne de Vancouver refuse toutefois qu'"on se concentre uniquement sur les athlètes russes. Aux Etats-Unis aussi, des pseudo-scientifiques créent des produits qu'on ne peut pas déceler. Les Russes ne sont pas les seuls qui se dopent"

article de Bruno Lesprit (Le Monde Sports)